Lille, le 14 janvier 2026 — Dans le cadre de l’enquête publique relative à la déclaration d’utilité publique (DUP) du projet de tramway du pôle métropolitain Roubaix–Tourcoing, qui s’achève ce jour, l’association MobiLille a déposé six contributions sur le registre numérique officiel. Ce dépôt constitue l’aboutissement d’un travail engagé de longue date par l’association sur ce projet structurant pour les mobilités du territoire.
Ces contributions font suite à plusieurs rencontres et échanges avec la commission d’enquête, au cours desquels MobiLille a pu présenter ses analyses, préciser ses constats et relayer les attentes exprimées localement par les habitants et les usagers. Elles s’inscrivent dans une démarche de participation active au débat public, fondée sur l’expertise d’usage et l’observation de terrain.
Le contenu des contributions repose sur un travail approfondi mené par David Lapersonne et Basile Debuys, membres de la branche Roubaix–Tourcoing de MobiLille.
L’analyse distingue clairement les tronçons du projet : la branche Neuville <> Gare de Tourcoing est jugée globalement pertinente du point de vue de maillage et du report modal, mais appelle des réserves importantes concernant son aménagement très routier, son insertion paysagère en incohérence avec le projet de ceinture verte et l’absence de vision d’extension vers Halluin. La branche Tourcoing-centre <> Gare pose des questions majeures de robustesse d’exploitation, de vitesse commerciale, d’évolutivité du réseau et d’insertion patrimoniale du fait du prolongement d’une ligne déjà contrainte. La branche Gare de Tourcoing <> Eurotéléport, tronc du réseau, concentre les flux mais souffre de choix de tracé pénalisant la performance, de démolitions évitables à la Fosse-aux-Chênes et d’une intermodalité avec le métro et la gare insuffisamment optimisée.
Wattrelos : une absence d’intérêt public démontré
Concernant la branche Eurotéléport <> Beaulieu, les contributions concluent à une absence d’intérêt général démontré : fréquentation très faible des stations, contournement des centralités, performance inférieure aux bus existants et impacts urbains et fonciers disproportionnés. L’enquête menée auprès des commerçants révèle par ailleurs un message clair : le tramway est soutenu… à condition d’un passage dans le centre-ville.
À l’inverse, le tracé périphérique par le boulevard Mendès-France n’est guère soutenu par les citoyens et perçu comme incapable de générer une revitalisation économique. Le soutien des acteurs économiques est donc stratégique et non idéologique.
Hem : une branche en impasse, sans utilité publique en l’état
La branche Eurotéléport <> Franchomme est analysée comme un bras mort du réseau : tracé sinueux et lent, substitution de sites propres bus sans gain pour les usagers, impacts urbains lourds et impossibilité réaliste d’extension vers Villeneuve-d’Ascq
En l’état du dossier, cette branche ne satisfait pas aux conditions de l’utilité publique, ce qui conduit à demander un avis défavorable, assorti d’une réévaluation complète.
Une alternative structurante non étudiée : l’ancienne voie ferrée
Les contributions soulignent enfin une carence majeure du dossier : l’absence d’analyse comparative d’une liaison inter-pôles exploitant l’ancienne emprise ferroviaire Tourcoing <> Pont-de-Bois, pourtant continue et compatible avec un mode tram-train.
Une telle liaison permettrait de relier Tourcoing à Villeneuve-d’Ascq en une vingtaine de minutes, de connecter Roubaix, Wattrelos, Lys et Hem sans passer par Lille, de produire un report modal massif et de limiter fortement les impacts urbains.
Conformément au Code de l’environnement et à la directive européenne sur l’évaluation environnementale, cette solution constitue une alternative raisonnablement envisageable qui aurait dû être étudiée.
Au regard de l’état du projet, MobiLille demande à la commission d’enquête de rendre des avis défavorables sur la branche de Wattrelos et de Hem. Par cette démarche, MobiLille réaffirme son rôle d’association indépendante d’usagers, attachée à une concertation sincère et continue, et convaincue que la prise en compte fine des territoires et des usages constitue une condition essentielle à la réussite des grands projets de transports publics.
Contributions déposées :