Il y a quelques jours, nous vous révélions que les futures rames BOA du métro lillois attendues à partir de février 2026 ne seraient équipées ni de climatisation, ni même de ventilation réfrigérée. Une décision surprenante, d’autant plus que la Métropole Européenne de Lille (MEL) a renouvelé sa commande en décembre 2024, sans revoir le cahier des charges à la lumière des enjeux climatiques pourtant bien connus aujourd’hui. Cette information a suscité de nombreuses réactions sur nos réseaux sociaux et sous les publications de la presse locale.
Depuis, la MEL a publié un communiqué sur son site internet, dans lequel elle tente de justifier cette absence par des contraintes techniques et une volonté de continuité politique. Une ligne de défense discutable, et surtout en décalage avec la réalité technique et les attentes des usagers.
La climatisation : un défi technologique
Commençons par évacuer une confusion souvent entretenue : non, MobiLille ne demande pas la climatisation classique dans les nouvelles rames. La MEL insiste sur l’impossibilité de l’installer, en raison du gabarit très compact du métro lillois, ce qui est vrai. Comme précisé dans notre premier article, les rames climatisées du métro d’Uijeongbu en Corée du Sud, souvent citées en exemple, bénéficient d’un gabarit plus haut de 15 cm, un écart suffisant pour les rendre incompatibles avec les tunnels lillois. De plus, la climatisation pose de réels problèmes d’un point de vue énergétique et environnemental, notamment en souterrain (rejet de chaleur, consommation électrique).
Mais ce n’est pas la climatisation qui est aujourd’hui réclamée par notre association, c’est la ventilation réfrigérée, bien plus adaptée.
Une solution plus viable : la ventilation réfrigérée
Contrairement à la climatisation, la ventilation réfrigérée est moins encombrante, bien moins énergivore, et permet simplement de refroidir légèrement l’air entrant d’environ 4 degrés, améliorant sensiblement le confort sans créer de choc thermique. Selon la RATP, cette technologie est notamment utilisée dans 50% des métros et 2/3 des trains d’Île-de-France. Par ailleurs, un projet lancé par Île-de-France Mobilités vise à équiper 100% du matériel roulant avec cette technologie. Il est donc totalement viable d’utiliser cette ventilation réfrigérée, même à Lille puisque les équipements techniques sont beaucoup moins imposants que pour une climatisation classique, les rames pourraient donc passer dans les tunnels.
Information connue depuis 2012 : un faux argument
La MEL affirme que l’absence de ventilation réfrigérée était “connue depuis 2012”. C’est un argument fallacieux. Car si le marché initial remonte effectivement à une décennie, une nouvelle commande de 15 rames a été passée en décembre 2024. À cette date, la MEL aurait pu intégrer la ventilation réfrigérée dans les rames supplémentaires, ou du moins réviser le cahier des charges.
Mieux encore : il est possible de faire un « rétrofit » a posteriori, pour intégrer ce dispositif sur les rames déjà livrées. Cette possibilité à même été confirmée par la Métropole Européenne de Lille lors d’une réponse donnée à La Voix du Nord : « l’installation a posteriori d’un système de ventilation réfrigérée reste possible techniquement ».
Pourquoi, dès lors, ne pas avoir lancé un programme progressif d’équipement, notamment en prévision de la mise en service échelonnée des rames à partir de 2026 ? Rien ne l’empêchait techniquement. Rien, sinon un manque de volonté politique.
« Homogénéité technique, logistique et opérationnelle du matériel roulant » : vraiment ?
La MEL évoque le souci de maintenir une homogénéité du matériel roulant pour justifier son refus. Mais là encore, l’argument ne tient pas.
D’une part, des réseaux bien plus grands, comme celui d’Île-de-France, fonctionnent parfaitement avec des rames aux équipements hétérogènes, dont certaines disposent de ventilation réfrigérée et d’autres non.
D’autre part, l’homogénéité est déjà remise en question à Lille même : les futurs tramways de la MEL seront bien équipés d’un système de rafraichissement de l’air, alors qu’ils circulent eux aussi avec arrêts fréquents, et en extérieur. Pourquoi ce qui est jugé acceptable pour le tramway ne le serait-il pas pour le métro ? De même, il aurait été possible comme précédemment expliqué d’homogénéiser à l’envers : faire du rétrofit sur le matériel déjà existant et commander un matériel avec ventilation réfrigérée.
Ce double standard mine la crédibilité technique des explications fournies par la MEL.
Une “continuité politique” hors du temps
Enfin, la MEL prétend agir « dans la continuité des décisions prises il y a plus de 10 ans ». Ce positionnement interroge. Peut-on décemment revendiquer une fidélité à des choix pris en 2012, alors que les enjeux climatiques ont radicalement évolué depuis ? Oui, une erreur a été faite à l’époque mais en 2024, lors de la nouvelle commande, la MEL avait le pouvoir d’agir autrement. Elle a choisi de ne pas le faire. Se réfugier derrière des décisions prises dans un autre contexte politique et climatique revient à délégitimer toute capacité d’adaptation. C’est, au fond, admettre un manque de volonté politique de s’adapter aux nouvelles réalités environnementales.
Autre élément étonnant fourni dans le communiqué : « Selon les enquêtes de satisfaction et les observations réalisées, la problématique de la chaleur en été n’est pas jugée prioritaire par les usagers à ce jour ». Pourtant, une seule recherche sur les réseaux sociaux permettrait de dire le contraire : « S’il n’y a pas de clim dans les nouvelles rames de métro, c’est pas un oubli. C’est la MEL qui l’a voulu exprès pour qu’on prenne le vélo […] » indique par exemple Rod sous la publication de La Voix du Nord. Aujourd’hui, les habitants de la métropole demandent du confort, de la transparence et de la cohérence. Ils ne se satisferont pas d’un simple rappel des contraintes d’il y a dix ans.
La MEL a encore le temps de corriger cette erreur : en envisageant le rétrofit, en lançant une étude indépendante sur la ventilation réfrigérée, ou simplement en se saisissant de la prochaine fenêtre d’opportunité.
À l’heure du dérèglement climatique et de l’augmentation des canicules, refuser de rafraîchir c’est refuser d’agir.
Mattéo FERRUX
Président de MobiLille, Mattéo FERRUX est activement engagé dans la défense des transports en commun lillois et dans l'information trafic aux usagers.